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Les traités de paix et d’amitié : des accords historiques qui façonnent encore les Maritimes

Il y a 300 ans, une alliance de nations autochtones du Canada atlantique connue sous le nom de Confédération Wabanaki et la Couronne britannique ont signé une série d’accords appelés les traités de paix et d’amitié. Leur objectif était de rétablir la paix dans les Maritimes, une région marquée par des décennies de conflits entre […]

By deepak · August 10, 2026 · 7 min read

Il y a 300 ans, une alliance de nations autochtones du Canada atlantique connue sous le nom de Confédération Wabanaki et la Couronne britannique ont signé une série d’accords appelés les traités de paix et d’amitié. Leur objectif était de rétablir la paix dans les Maritimes, une région marquée par des décennies de conflits entre la Couronne et les nations autochtones. Les traités affirmaient les droits des peuples wabanakis de chasser, de pêcher et d’utiliser leurs terres, tout en établissant un cadre de relations pacifiques entre les signataires.

Trois siècles plus tard, les traités de paix et d’amitié sont toujours en vigueur et ont été au cœur de certains des moments les plus tendus et controversés de l’histoire récente du Canada atlantique. On pense à la décision Marshall de 1999, à la crise de Burnt Church, puis aux conflits et aux violences qui entourent encore aujourd’hui les pêches en Nouvelle-Écosse.

Dans cet épisode, notre animatrice Ariane-Li Simard-Côté s’entretient avec Edith Bélanger, membre de la Nation Wolastoqiyik et professeure d’études autochtones à l’Université de Moncton. Elles remontent 300 ans dans le temps pour explorer la vie autochtone, la diplomatie et les relations avec la Couronne au début du XVIIIe siècle, ainsi que les événements qui ont mené à la signature des traités de paix et d’amitié. Elles se penchent également sur la décision Marshall. Ce jugement, rendu par la Cour suprême du Canada en 1999, avait ravivé l’attention portée aux traités et contribué au déclenchement de la crise de Burnt Church.

Ensuite, Ariane-Li reçoit Gilles Thériault, consultant acadien en pêche comptant plus de 50 ans d’expérience et qui a été le principal négociateur du gouvernement fédéral lors de la crise de Burnt Church. Ensemble, ils reviennent sur cette crise, la décision Marshall, l’évolution des pêches autochtones dans les Maritimes et l’héritage vivant des traités de paix et d’amitié.

Le réalisateur a également interviewé Camil Girard, Thomas Peace, Ken Paul et Moira Donovan pour cet épisode. The Walrus les remercie du temps qu’ils nous ont accordé et d’avoir partagé leur expertise.

Ariane-Li Simard-Côté [00:00:07] C’est le 29 août 2000, dans les eaux de la baie de Miramichi, sur la côte nord-est du Nouveau-Brunswick. Et dans quelques instants, certaines des images les plus marquantes de la crise de Burnt Church seront filmées. Depuis près d’un an, un conflit oppose des pêcheurs autochtones et non autochtones. Et les tensions sont vives. Des pêcheurs non autochtones ont détruit des milliers de casiers à homard appartenant à des pêcheurs micmacs, soutenant que ces derniers pêchent en dehors de la saison autorisée. Les pêcheurs autochtones, eux, affirment exercer les droits issus des traités de paix et d’amitié, confirmés un an plus tôt par une décision de la Cour suprême : le jugement Marshall. Le ministère des Pêches et des Océans intervient à son tour en retirant des casiers micmacs dans la baie. Des agents du MPO sont la cible de jets de pierres. La situation est sur le point de basculer.

C’est le 29 août 2000, dans les eaux de la baie de Miramichi, et un navire de patrouille du ministère des Pêches et des Océans encercle une petite embarcation de pêcheurs autochtones. Soudain, le navire fédéral accélère et l’éperonne. La petite embarcation est violemment secouée. L’eau jaillit de toutes parts. Le bateau des pêcheurs micmacs commence à couler. Puis le patrouilleur fait demi-tour. Il fonce de nouveau vers le petit bateau. Juste avant l’impact, les pêcheurs autochtones sautent à l’eau.

Enregistrement d’archive (en anglais) [00:01:27] Oh mon dieu!

Ariane-Li Simard-Côté [00:01:37] Bienvenue à Voyages dans l’histoire canadienne. Je suis votre animatrice, Ariane-Li Simard-Côté, et dans cet épisode, nous découvrirons l’histoire des traités de paix et d’amitié… et ce qu’il en reste aujourd’hui, trois siècles après leur signature.

Edith Bélanger [00:01:52] Moi, j’habite à Rivière-du-Loup, qui est située au Bas-Saint-Laurent. Puis, ça fait vraiment partie du territoire traditionnel de la nation Wolastoqiyik, qu’on appelle le Wolastokuk.

Ariane-Li Simard-Côté [00:02:03] Edith Bélanger est membre de la nation Wolastoqiyik de la communauté Wahsipekuk. Titulaire d’un doctorat en gouvernance autochtone traditionnelle de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, elle est actuellement professeure en études autochtones à l’Université de Moncton.

Edith Bélanger [00:02:17] Et d’ailleurs, moi, le nom de ma communauté, qui est Wahsipekuk, ça décrit vraiment bien où on se situe par rapport à l’ensemble du territoire traditionnel. Si je décompose ce mot-là, le terme wahsi, ça veut dire par-dessus quelque chose. Donc, au-delà de quelque chose. Donc, dans le cas de notre communauté, nous, par rapport aux autres communautés de la nation, on est par-dessous les monts Notre-Dame, sur le bord du fleuve. Donc, wahsi veut dire « par-delà ». Pek, c’est un terme qui réfère à de l’eau. Par exemple, pour parler de l’océan, on va dire supeq. Donc, ça dit qu’on est sur le bord de l’eau, puis uk, c’est le locatif. Donc, on est la communauté qui se trouve sur le bord de l’eau, par-dessus les monts Notre-Dame. Donc, ça nous situe à l’extrémité nord du territoire, qui est bordé par le fleuve Saint-Laurent. Puis, de manière générale, le Wolastokuk est à peu près à partir de la rivière Etchemin à Lévis jusqu’aux environs de Matane à l’est, puis on descend au sud jusqu’à la baie de Fundy.

Ariane-Li Simard-Côté [00:03:18] La nation de Dre Bélanger, les Wolastoqiyik, habite ce territoire depuis plus de 10 000 ans. À la fin du XVIIe siècle, avec quatre nations autochtones voisines de l’Atlantique canadien, ils forment la Confédération Wabanaki. Un groupe qui va jouer un rôle crucial dans l’histoire des traités de paix et d’amitié.

Edith Bélanger [00:03:33] La Confédération Wabanaki, c’est une structure confédérative. Pour te donner un exemple un peu plus connu, les gens connaissent généralement mieux la Confédération haudenosaunee, qui était appelée à l’époque la Ligue iroquoise. Donc, une structure confédérative, ce sont des unités politiques qui se mettent ensemble pour décider collectivement de certains enjeux communs. Ça dépend à quelle période de l’histoire on regarde. Mais pour la plus grande partie de l’existence de la Confédération, on considère qu’il y a cinq nations qui se sont jointes ensemble pour des raisons politiques, militaires, culturelles, territoriales. Mettons, j’y vais d’est en ouest, ça va être la nation Mi’kmaq, ensuite la nation Wolastoqiyik, la nation Peskotomuhkati ou Passamaquoddy et la nation Penawapskewis ou Penobscot. Encore plus à l’ouest, maintenant au nord-ouest, c’est la nation abénaquise ou Wabanaki. Les Abénakis sont dans une situation un peu particulière par rapport à la Confédération parce que les guerres intercoloniales les ont repoussés vers le nord, ce qui fait qu’aujourd’hui, la nation abénakise, elle se situe à Odanak et Wôlinak, qui sont les deux communautés du côté du Québec. Et elles ne font pas partie des nations qui sont concernées aujourd’hui par certains droits de la Confédération Wabanaki, par exemple les droits de pêche issus des traités de paix et d’amitié.

Ariane-Li Simard-Côté [00:05:05] Les membres de la Confédération Wabanaki étaient déjà alliés depuis plusieurs années. Ils s’étaient d’abord unis dans une alliance militaire pour faire face aux attaques violentes de la Confédération haudenosaunee. Mais dans les années 1680, lorsque la Confédération Wabanaki est officiellement constituée, les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik, les Abénaquis, les Penobscots et les Passamaquoddys visent désormais un nouvel ennemi commun : les Anglais et leurs colonies.

Source: Read the original article on thewalrus.ca